Emile Boutmy - auteur inconnu

Quelques figures de l’Ecole

Biographie
mars 2017

Emile Boutmy (1835-1906)

Émile Boutmy, né le 13 avril 1835 et mort à Paris le 25 janvier 1906, est un écrivain et un spécialiste de science politique, dont il a contribué à faire une discipline autonome à la fin du XIXe siècle. Profondément marqué par l’expérience de la défaite française de 1871 et de la Commune de Paris, il entreprend de fonder en 1872 l'École libre des sciences politiques, devenue l’Institut d’Etudes Politiques de Paris en 1945. Emile Boutmy y assure jusqu’en 1890 l'enseignement d'histoire constitutionnelle de l'Angleterre, de la France et des États-Unis et dirige l’école jusqu'à sa mort.

Membre de l'Académie des sciences morales et politiques, proche de nombreux penseurs et hommes politiques de la Troisième République, il contribue par son action et ses écrits aux débats intellectuels, sociaux et politiques de la fin du XIXème siècle. Avec l’expansion coloniale de la France dans les années 1880, la question de l’enseignement colonial prend une importance particulière pour Boutmy. Ainsi son ouvrage Le recrutement des administrateurs coloniaux expose et explique la nécessité de former et de sélectionner de futurs professionnels, notamment fonctionnaires, destinés à travailler dans et avec les colonies, principe qu’il met en application au sein de l’ELSP notamment en créant une section coloniale en 1886.

Pour aller plus loin : 

Marie Scot. “[Portrait ] 1836-1905 : Emile Boutmy”. In : Sciences Po stories.

Citations :

  • «Point d’Ecole coloniale unique formant des agents pour toutes les parties de l’empire d'outre-mer; point de monopole des places au profit des élèves d’un établissement quelconque; nécessité d’une organisation moins centralisée, plus souple, plus accessible, plus respectueuse des individualités, plus apte à tenir compte des dons naturels de chaque futur fonctionnaire : voilà,  les trois points que nous avons acquis.»
    Emile Boutmy. Le recrutement des administrateurs coloniaux. Paris : Armand Colin, 1895. p. 99
     
  • « N'est-il pas vrai que pour aller en sentinelle perdue monter la garde sous le pavillon français, dans la vallée de l'Oubangui ou dans l'Hinterland du Dahomey, un sous-officier qui aura fait campagne dans ces pays vaudra mieux qu’un enfant de 20 ans sortant diplômé de l’Ecole et anémié peut-être par la vie parisienne ? »
    Extrait de “Du recrutement des administrateurs coloniaux”, in : Le Temps, n°12431, 11 juin 1895, p. 1.

Henri Cordier (1849-1929)

Henri Cordier (1849-1929), orientaliste et géographe, est chargé de cours à l’Ecole des langues orientales de 1881 à 1925. Grand voyageur, spécialiste de l’Extrême -Orient et fin sinologue, il enseigne l’Histoire des rapports des Etats occidentaux avec l’Extrême-Orient à l’Ecole libre des sciences politiques entre 1886 et 1899. Il incarne parfaitement la figure du “professeur expert” dont souhaitait s’entourer Emile Boutmy dans le cadre du développement à l’ELSP de la formation des élites coloniales. Henri Cordier devient président de la Société de géographie en 1924. 

Citation 

“Il faut avouer que le savoir-faire de nos voisins d’Outre-Manche fait un singulier contraste avec notre ligne de conduite presque toujours flottante et avec notre guerre par envoi de petits paquets.”
H. Cordier. Historique abrégé des relations de la Grande-Bretagne avec la Birmanie. Paris, 1894, p. 28

Hervé Detton (1904-1963)

Conseiller d’Etat, Hervé Detton enseigne à l’Ecole libre des sciences politiques dans les années 1940 des cours consacrés à l’administration coloniale. Il est également membre du comité de perfectionnement de l’ELSP (voir : Scot, Marie. “1940-1941 : la réforme pédagogique”. In : Sciences Po stories). et à ce titre participe, aux côtés d’André Siegfried et de Pierre Renouvin, à l’élaboration des réformes qui préfigure ce que devient Sciences Po après la Deuxième guerre mondiale.

Eugène Guernier (1882-1973)

Eugène Guernier (1882-1973), économiste, fait partie de ces professeurs de Sciences Po qui font le lien entre le milieu universitaire, le monde politique et l’entreprise. Installé au Maroc dès 1914, il est président de la chambre de commerce de Casablanca entre 1916 et 1922 et est nommé membre du gouvernement du Protectorat marocain de 1918 à 1922. Il mène ensuite une carrière d’enseignant, d’abord en tant que professeur d'économie politique à l'Institut des hautes études marocaines, de 1923 à 1927. 

Il donne ensuite des cours à l’Ecole libre des sciences politiques puis à l’Institut d’études politiques de Paris de 1939 à 1958. Il s’intéresse à l’Afrique et à l’économie de cette dernière au travers de cours consacrés à l’économie de l’Afrique du Nord, ou aux relations entre l’Europe et l’Afrique. 

Eugène Guernier a une vision très économique et pragmatique de la colonisation. Pour lui, la colonisation favorise largement le développement économique des territoires colonisés. Dans son cours consacré à l’Afrique méditerranéenne durant l’année 1946-1947, il loue ainsi “l’effort de nos premiers colons [en Algérie], leur ténacité, leur courage et l’esprit d’entreprise de leurs descendants. Certaines de ces terres [colonisées] qui font aujourd’hui la richesse de l’Algérie n’étaient alors que de vastes espaces incultes, marécageux, pestilentiels.“

Président d'honneur du conseil d'administration de la Société minière "Le molybdène", il assure également la charge de vice-président du conseil d'administration de la Compagnie générale d'équipement aéronautique, tout en présidant le conseil d'administration de la Société Satas (voir :  Académie des sciences d’outre-mer. Guernier Eugène. 2010.).

Eugène Guernier est élu membre titulaire de l'Académie des sciences coloniales en 1949. 

Pierre Renouvin (1893-1974)

Historien, Pierre Renouvin (1894-1974) est professeur à la Sorbonne où il enseigne l’histoire des relations internationales. En tant que membre du comité des réformes de l’Ecole libre des sciences politiques en 1941 (voir : Scot, Marie. “1940-1941 : la réforme pédagogique”. In : Sciences Po stories) et en 1945, aux côtés d’André Siegfried, il “élabore la grande réforme des études de 1940 qui consacre le triomphe de l’histoire” (voir: Scot, Marie. “[Portrait ] 1893-1974 : Pierre Renouvin”. In : Sciences Po stories). Consulté le 27 février 2017 au sein de la future Fondation nationale des sciences politiques. Il devient président de la FNSP entre 1959 et 1971. Il œuvre tout au long de sa carrière pour le développement d’un dialogue entre histoire et science politique, s’appuyant sur les archives et les témoignages et prenant en compte l’influence de nombreux facteurs humains et économiques dans l’explication des faits historiques. 

Pour aller plus loin : 

Marie Scot. “[Portrait ] 1893-1974 : Pierre Renouvin”. In : Sciences Po stories.

Christian Schefer (1866-1944)

Diplomate, Christian Schefer (1866-1944) est professeur à l'École des sciences politiques où il enseigne à partir de 1896 l’Histoire diplomatique de 1814 à nos jours, l’Histoire diplomatique des questions africaines (1815-1893), ainsi qu’à partir de 1902 la Politique coloniale des états européens. Collaborateur du "Journal des débats", il est membre de l’Académie des sciences coloniales de 1922 à sa mort en 1944.

Références bibliographiques

SCHEFER, Christian. Instructions générales données de 1763 à 1870 aux gouverneurs et ordonnateurs des établissements français en Afrique occidentale.. Paris : H. Champion, 1921, XXXII-459 p
Notice détaillée : <http://catalogue.sciencespo.fr/ark:/46513/sc0000957057>
SCHEFER, Christian. « Lois et traditions coloniales de la France d'autrefois ». Annales des sciences politiques : revue bimestrielle, 1904, pp. 450-468.
Disponible sur : <http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k200504f> (Consulté le 21-08-2017).
Voir aussi
Article
A la fin du XIXe siècle, dans le cadre d’une remise en question nationale de l’enseignement supérieur et de l’importance croissante de l’Empire français, l’École libre des sciences politiques (ELSP), créée en 1872, met en place en 1886 une section coloniale visant à former les futurs professionnels de l’administration coloniale....
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Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, la France entre dans l’ère des décolonisations. Partagé entre défense de la France coloniale et anticolonialisme, l’enseignement à l’Institut d’études politiques de Paris entre en résonance avec les tensions de cette période.