vue d'alger, années 50 (auteur inconnu)

Centre d’études politiques et administratives - IEP d’Alger

Article
mars 2017

Créé par l’Ecole libre des sciences politiques, en partenariat avec l’Université d’Alger, le Centre d’études politiques et administratives (CEPA) à Alger a dispensé pendant 5 ans (de 1942 à 1947) des cours destinés à former des hauts fonctionnaires, des chefs d’entreprises et des fonctionnaires d’Algérie et des protectorats d’Afrique du Nord. Il est remplacé en 1949 par l’Institut d’études politiques (IEP) d’Alger qui, créé sur le modèle de l’IEP de Paris, dispense une formation en trois ans.

Création et financement

En août 1942, l’École libre des sciences politiques de Paris fonde, en partenariat avec l’Université d’Alger, dans le contexte de la France occupée, un Centre d’études politiques et administratives à Alger accessible aux étudiants résidants en Algérie et dans les protectorats français de Tunisie et du Maroc. Ce centre, rattaché à la Faculté de droit d’Alger, fonctionne grâce à une double subvention annuelle du Gouvernement général d’Algérie (40 000 F) et de l’Ecole libre des Sciences Politiques (20 000F), et aux montants des droits d’inscription (voir : Droz Bernard. "L'Institut d'études politique d'Alger (1949-1962)". In: Outre-mers, tome 98, n°370-371, 1er semestre 2011).

Dès l’établissement de la convention entre l’Université d’Alger et l’Ecole libre des Sciences politiques créant les conditions d’existence du CEPA, une collaboration étroite est prévue entre ce dernier et l’Université d’Alger, et notamment avec l’Institut des Sciences administratives, sociales et coloniales créé en 1941 par l’Université d’Alger. 

La création de ce centre s'inscrit dans la volonté de Vichy de rationaliser sa politique coloniale. Dans ce contexte fut créé également par le gouvernement Laval l'Office de la recherche scientifique coloniale en 1943 (voir : C. Bonneuil et P. Petitjean, « Les chemins de la création de l'ORSTOM, du Front populaire à la Libération en passant par Vichy, 1936-1945 : recherche scientifique et politique coloniale », dans Roland Waast et Patrick Petitjean (dir.), Les Sciences hors d'Occident au XXe siècle, Paris, ORSTOM, 1996, p. 113-161).

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Formations

Le CEPA dispense pendant une année des cours destinés à former de futurs hauts fonctionnaires et chefs d’entreprises, mais prépare également aux concours administratifs de l’Afrique du Nord : rédacteur du gouvernement général et des préfectures, administrateurs des communes mixtes, service civil du protectorat. La réussite à l’examen en fin d’année permet l’entrée en deuxième année à l’Ecole libre des sciences politiques de Paris. 

Exemple de la liste des cours dispensés au cours de l’année 1944-1945

  • Droit constitutionnel comparé - Paul-Emile Viard (doyen de la Faculté de droit d’Alger)
  • Géographie - Jean Despois et Robert Capot-Dey, spécialistes du Maghreb et du Sahara
  • Histoire de la Méditerranée - Christian Courtois
  • Finances publiques - Roger Goetz (inspecteur des Finances)
  • Connaissances du monde arabo-islamisque - Evariste Levy-Provençal (professeur d’histoire de l’Occident arabe à la Faculté des lettres) et Robert Montagne (directeur de l’Institut des hautes études marocaines)
  • Relations internationales - Louis Joxe

Pour s’inscrire au CEPA à sa création en 1942, les étudiants doivent justifier de l’obtention du baccalauréat et de l’inscription dans une des Facultés de l’Université d’Alger.

Fermeture du centre et création de l’IEP d’Alger

Le Centre d’études politiques et administratives d’Alger ferme à la fin de l’année 1947, du fait notamment de la baisse importante du nombre de ses élèves.

Il laisse la place à un Institut d’Etudes politiques, créé par décret du 2 août 1949 sur le modèle de celui de Paris et financé majoritairement par le Gouvernement général de l’Algérie, les collectivités locales d’Alger et d’Oran, et les droits d’inscriptions payés par les étudiants. 

La scolarité se déroule sur trois années. La première consiste en une année préparatoire ouverte aux bacheliers et sanctionnée par un examen dont la réussite donne accès aux deux années de cours suivantes. 

Outre le fait de permettre à ses étudiants l’acquisition d’une “vaste culture générale moderne”, l’IEP d’Alger a pour ambition de préparer au concours de l’ENA et à ceux de l’administration algérienne.

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Cours donnés à l’IEP d’Alger

Dispensant des cours généralistes en histoire, droit, science politique ou économie, l'IEP d'Alger propose également d’aborder les questions coloniales dans le cadre d’enseignements à option sur l’histoire de la colonisation, l’organisation de l’Union Française, les politiques coloniales comparées ou le problème colonial contemporain. Ces thèmes sont traités soit à l’IEP soit à la Faculté de droit dans le cadre d’enseignements spécifiques liés à son contexte géographique, social et culturel, dont notamment : 

  • Organisation administrative de l’Algérie - René Passeron
  • Sociologie et législation coloniale - Jacques Peyréga
  • Economie coloniale - Jacques Peyréga
  • Droit musulman - Mr Verger-Vachon
  • Législation algérienne - Jacques Lambert
  • Droits et coutumes berbères - André Bousquet
  • Histoire générale de l’Afrique du Nord -Marcel Emerit ...

Etudiants de l’IEP d’Alger

Comme ceux du CEPA, les étudiants de l’IEP d’Alger doivent être inscrits à l’Université d’Alger et sont majoritairement issus de la bourgeoisie algéroise, souvent enfants de fonctionnaires. Jusqu’au début des années 60, les étudiants musulmans demeurent ultra-minoritaires.

Evolutions de l’IEP d’Alger

Après l’indépendance de l’Algérie (1962), l’IEP d’Alger perd progressivement ses étudiants européens et devient, à la suite d’une transition pilotée par Jean Leca, son directeur entre 1962 et 1965, une institution totalement algérienne. 

Références bibliographiques

SEYDOUX, Roger. L'enseignement colonial à l'Ecole. Reprise du contenu d'un discours prononcé devant le Comité de l’Empire français. 1944-02-15.
Disponible sur : <http://archive.org/details/scpo_colo0005> (Consulté le 28-08-2017).
SINGARAVÉLOU, Pierre. PICARD, Emmanuelle. « « L’enseignement supérieur colonial ». Un état des lieux ». Histoire de l’éducation, 2009/04/01, 122, 71-92.
Disponible sur : <https://histoire-education.revues.org/1942> (Consulté le 17-01-2017). (0221-6280)
Voir aussi
Article
Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, la France entre dans l’ère des décolonisations. Partagé entre défense de la France coloniale et anticolonialisme, l’enseignement à l’Institut d’études politiques de Paris entre en résonance avec les tensions de cette période.